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Vu De L’intérieur: L’informatique Dans Les Cabinets D’avocats

Vu de l’intérieur: l’informatique dans les cabinets d’avocats

Futurism s’est récemment fait l’écho d’une nouvelle étonnante : un grand cabinet  américain aurait recruté une intelligence artificielle en tant qu’avocat.

 

Skynet fait-il ses premiers pas? Pire encore, l’ubérisation va-t-elle s’abattre sur une nouvelle profession?

 

Le thème clickbait de la nouvelle relayée par Futurism est l’occasion pour Indielex de revenir sur les besoins des cabinets d’avocats et sur les progrès qui peuvent encore être fait pour moderniser une activité encore très artisanale. De quoi donner de l’inspiration aux développeurs qui souhaiteraient entrer sur un marché juteux. Rien qu’aux Etats-Unis, les legal technologies ont déjà attiré plus de 250 millions de dollars d’investissement…

Élémentaire, mon Cher Watson!

Le marché du droit est actuellement structuré autour des cabinets d’avocats, des éditeurs juridiques et des éditeurs de logiciels de gestion de cabinets. Les éditeurs juridiques et les éditeurs de logiciels sont à ce jour les principaux acteurs de l’informatisation des cabinets d’avocats, qui font rarement appel à des prestataires spécialisés pour développer des solutions dédiées.

 

Le premier besoin de l’avocat est la sécurité. Il doit disposer d’une information juridique fiable et à jour. La fonction était autrefois assuré par les bons vieux codes rouge ou bleu et, pour les avocats les plus fortunés, par un abonnement à une ou plusieurs revues qui étaient déposées religieusement dans des étagères sans être jamais ouvertes.

 

Très naturellement, les éditeurs juridiques, qui éditaient des codes, des manuels ou des revues au format papier, ont mis en place des services d’abonnement à d’importantes bases de données permettant d’accéder rapidement aux décisions de justice pertinentes et aux commentaires de spécialistes.

 

Le deuxième besoin de l’avocat est l’efficacité. Il doit pouvoir accéder aisément à l’ensemble de ses dossiers et retrouver les documents sur lesquels il travaille sans s’engloutir dans ses archives, gérer son calendrier et échanger avec ses clients sur les sujets urgents.

 

Il faut avoir vu la terreur et l’angoisse apparaître soudainement sur le visage de l’avocat alors qu’il réalise qu’il doit impérativement rédiger un acte pour le lendemain, qu’il ignore où il a rangé les documents qui lui ont été confiés, le tout, alors que sa secrétaire (qui seule sait utiliser le photocopieur du cabinet) est absente ce matin. Décidément, le règne du papier n’était pas de tout repos.

 

Les éditeurs de logiciel ont rapidement pris la mesure de cette problématique et ont permis la création d’agenda électroniques et de dossiers électroniques en accompagnant la généralisation de l’échange de documents par voie électronique. Le recours progressif des clients et des juridictions à la communication par mail a généralisé cet usage.

 

Le troisième besoin de l’avocat est la rapidité. Il doit disposer de modèles simples et robustes pour les actes les plus courants afin d’éviter de les rédiger intégralement pour chaque nouveau dossier.

 

Auparavant, en effet, les avocats disposaient de leurs modèles d’acte « maison » (pas forcément très à jour) et dictaient à leur secrétaire leur contenu grâce à de vieux magnétophones crachotants. Outre le caractère fastidieux de la tâche et le risque permanent de la perte d’une cassette ou de la suppression accidentelle de son contenu, ce système imposait la relecture et la correction systématique des actes dictés, la qualité se satisfaisant rarement du langage parlé.

 

Alors que les éditeurs de logiciel ont tenté de répondre à cette problématique en standardisant les formes, les éditeurs juridiques ont progressivement rédigés des actes standards régulièrement mis à jour. Ces actes sont également commentés, ce qui permet à l’avocat d’effectuer les choix les plus pertinents au regard de la situation qu’il rencontre.

 

Aujourd’hui, un avocat ne peut survivre plus de quarante-huit heures sans disposer au moins de deux solutions informatiques sur les trois solutions présentées précédemment.

 

Le quatrième besoin de l’avocat est la prédictibilité. Il doit systématiquement s’interroger sur des questions récurrentes « est-ce que ce dossier est gagnant? », « quelle indemnité solliciter? ». Les abîmes de la perplexité engouffrent généralement l’avocat lorsque son client l’interroge sur ces questions, ce dernier étant convaincu qu’elles appellent une réponse simple.

 

C’est à ce niveau qu’arrive Ross, l’intelligence artificielle, petit frère de Watson. Ross est supposé pouvoir répondre à des questions juridiques et justifier sa réponse. Ross devrait aussi pouvoir rechercher, dans les précédentes décisions de justice, une information sur le montant des indemnités généralement accordées et aider l’avocat à prendre une décision.

 

Les robes noires peuvent souffler, on est loin du confident nécessaire (par exemple au cours d’un divorce difficile) et de la présence rassurante (par exemple en garde à vue), du défenseur combattif (par exemple aux Assises) que doit incarner l’avocat pour son client. En réalité, si Ross fonctionne convenablement, il pourra au mieux être un bon assistant juridique, ce qui permettra aux avocats de consacrer moins de temps à de fastidieuses recherches pour en consacrer davantage à l’humain.

 

Avec un peu de recul, les solutions qui existent se distinguent peu de ce qui existait auparavant et manquent de créativité. Le papier est devenu électronique et les taches simples autrefois confiées aux avocats stagiaires ont été automatisées… ou déléguées à Ross.

 

Aucune de ces solutions n’a tenté d’intégrer la notion de stratégie, propre à la négociation de contrats ou à la conduite d’un contentieux. Elles ne sont pour l’heure pas capable de présenter les alternatives en présence ou de pointer les risques auxquels l’avocat est confronté. La valeur ajoutée découle ainsi toujours non pas des systèmes, aussi perfectionnés soient-ils, mais de l’expérience de l’avocat dans son domaine.

 

Il appartient sans doute aux cabinets d’avocats de reprendre en main l’informatisation qu’ils ont subi passivement jusque-là en s’associant aux legal start-ups pour créer des solutions métiers plus consistantes.

 

Peut-être verra-t-on ainsi apparaître des applis permettant de connaître le climat des affaires ou les caractéristiques de la législation applicable à un secteur dans un Etat, des logiciels SaaS ou des réseaux sociaux permettant aux avocats en commun leurs meilleurs modèles, les mettraient à jour et partageraient leurs astuces ou encore des solutions de création d’actes standards pré-remplis sur la base des informations personnelles des clients…

 

L’informatique juridique est encore un marché aussi inexploré qu’inexploité!

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